De plus en plus de joueurs québécois choisissent la voie universitaire américaine afin de poursuivre leurs études tout en évoluant dans un environnement de tennis de haut niveau. Ce parcours a notamment été emprunté par des joueurs comme Alexis Galarneau et Gabriel Diallo, qui sont tous deux passés par la NCAA avant de faire leur place sur le circuit professionnel. 

Le Québécois Dan Martin a lui aussi suivi cette trajectoire. Après six saisons dans la NCAA, notamment à Dartmouth et à l’Université de Miami, il a récemment entrepris la transition vers le circuit professionnel. Dans cette entrevue, il revient sur son expérience universitaire, les défis de la vie sur le circuit et les apprentissages qui ont marqué son parcours. 

Peux-tu nous parler de ton parcours dans la NCAA? 

J’ai complété quatre années à Dartmouth, puis en raison de la COVID j’ai obtenu deux années d’éligibilité supplémentaires. J’ai donc poursuivi avec une maîtrise à l’Université de Miami. 

L’expérience universitaire est très différente du circuit professionnel. Tout est orienté vers le succès de l’équipe, donc c’est beaucoup moins individuel. Les entraîneurs s’occupent de presque tout : les entraînements, les déplacements, l’horaire. Comme joueur, tu peux vraiment te concentrer uniquement sur ton tennis. 

C’est un encadrement qu’on apprécie beaucoup, surtout quand on compare avec la réalité du circuit professionnel où il faut tout gérer soi-même. 

Quel est le niveau de tennis du circuit de la NCAA? 

Les entraîneurs déterminent un alignement de six joueurs en simple et trois équipes en double. Chaque joueur affronte le joueur occupant la même position dans l’équipe adverse. À Miami, j’ai souvent joué numéro un, et parfois numéro deux à Dartmouth. Cela m’a permis d’affronter régulièrement les meilleurs joueurs des autres universités. Aujourd’hui, plusieurs joueurs universitaires ont déjà des points ATP et certains sont même classés dans le top 500 mondial. Le niveau est donc très élevé et constitue une bonne préparation pour le circuit professionnel. 

À quoi ressemble l’entraînement pour un joueur universitaire? 

En moyenne, on s’entraîne environ 20 heures par semaine, en combinant le tennis et la préparation physique. Par exemple, on peut avoir un entraînement de tennis le matin, suivi d’une séance de gym, puis les cours en après-midi. Habituellement, on a une seule journée sans entraînement dans la semaine. L’intensité des entraînements dépend beaucoup de la mentalité de l’équipe. Certaines équipes sont très professionnelles, surtout lorsque plusieurs joueurs visent une carrière sur le circuit. 

Pourquoi as-tu choisi la voie universitaire? 

Pour moi, c’était important de poursuivre mes études à un très haut niveau tout en continuant le tennis de haut niveau. Les universités américaines disposent de ressources énormes : entraîneurs, préparateurs physiques, physiothérapeutes, installations de grande qualité. Tout est en place pour permettre aux joueurs de progresser. 

Quand as-tu décidé de tenter ta chance sur le circuit professionnel? 

C’était un rêve avant même de commencer mon parcours universitaire, mais c’est vraiment pendant mes années universitaires que j’ai réalisé que c’était possible. Quand tu joues régulièrement contre les numéros un des autres universités et que tu obtiens de bons résultats contre eux et que tu vois que plusieurs de ces joueurs vont ensuite jouer sur le circuit professionnel, ça donne confiance pour tenter l’expérience. 

Quelles sont les principales différences entre la NCAA et le circuit professionnel? 

Au niveau du jeu, la différence n’est pas énorme. Tous les joueurs savent frapper la balle et possèdent les bases du tennis. La plus grande différence est plutôt l’aspect mental et stratégique. Sur le circuit, il faut être capable de construire les points, de lire l’adversaire et de prendre ses propres décisions. À l’université, les entraîneurs sont toujours présents pour te guider. Sur le circuit professionnel, tu es souvent seul avec tes propres décisions. 

Dan Martin au M15 de Sherbrooke – 2026

Y a-t-il des aspects du circuit professionnel qui t’ont surpris? 

Oui, le côté très solitaire du tennis professionnel. À l’université, tu fais partie d’une équipe : tu voyages avec tes coéquipiers, tu t’entraînes avec eux et tu passes beaucoup de temps ensemble. Sur le circuit, il arrive souvent que tu voyages seul, que tu t’entraînes seul et que tu manges seul. C’est un aspect auquel il faut s’habituer. 

À quoi ressemble ton quotidien sur le circuit? 

Je joue environ 30 à 35 tournois par année. Entre les tournois, je m’entraîne et je voyage beaucoup. Par exemple, en début de saison cette année, j’ai joué cinq semaines consécutives sur quatre continents différents avant de revenir dormir à la maison. Les journées de repos correspondent souvent simplement aux journées de voyage entre les tournois. 

As-tu une équipe autour de toi? 

Depuis quelques mois, je travaille avec un entraîneur, ce qui m’aide beaucoup dans mon développement. Cependant, comme je dois assumer la majorité des coûts moi-même, je ne peux pas toujours voyager avec lui sur les tournois. Il m’accompagne donc pendant certaines périodes, puis je poursuis seul lors d’autres semaines sur le circuit. À long terme, avoir davantage de ressources me permettrait d’être entouré d’une équipe plus complète et présente plus régulièrement sur les tournois, ce qui peut faire une réelle différence dans la ma progression et mes résultats. 

Quel rôle Tennis Québec et ton expérience junior ont-ils joué dans ton développement pour être là où tu es rendu aujourd’hui? 

Tennis Québec a eu un impact important dans mon parcours. Les camps, les tournois et l’encadrement offerts permettent aux jeunes joueurs de se développer et de comparer leur niveau avec d’autres joueurs. Une chose que je retiens particulièrement, c’est que Tennis Québec a vraiment contribué à nous faire aimer le sport encore davantage quand nous étions jeunes. 

Quels sont tes objectifs pour les prochaines saisons? 

Mon objectif pour la fin de l’année est d’atteindre environ le top 220 mondial, ce qui me permettrait de jouer les qualifications de l’Open d’Australie. La saison est encore jeune, donc il reste beaucoup de tournois pour essayer d’y arriver. 

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes joueurs québécois? 

Je dirais d’abord d’être patients. La voie universitaire est une excellente option, car elle permet de continuer à développer son tennis tout en obtenant une éducation et en bâtissant un réseau. C’est aussi important d’avoir un plan B, car une carrière sportive peut toujours être interrompue par une blessure. L’université permet d’avoir plusieurs options pour la suite.